La Rhune (64) par JFL
La Rhune (seulement 905 m) est pourtant la montagne mythique du Pays Basque français comme le Canigou est le sommet des Pyrénées catalanes. C'est le dernier sommet avant l'océan Atlantique, situé au cœur du Pays basque français.
Une carte pour situer la Rhune : elle est juste à la frontière espagnole, dominant les villes de Saint Jean de Luz, Hendaye et Biarritz.
Des milliers de touristes escaladent chaque année cette montagne, à pied ou avec le petit train. Sous le Second Empire, l'impératrice Eugénie lance la mode du Pays Basque : c'est aussi elle qui va lancer la mode de l'escalade de la Rhune; voici comment Gustave Flaubert, le grand écrivain, relate cette première qui eut lieu en 1862 :
« SEPTEMBRE 1862
Nous sommes allés samedi dernier à une montagne appelée Larune, qui est près de l’Espagne et a trois mille pieds de haut. Nous sommes arrivés jusqu’au pied de la montagne, Panizzi et moi dans la voiture de Leurs Majestés.

Nous trouvâmes là des chevaux avec leurs guides. Les ladies s’installèrent dans des cacolets que vous pouvez vous représenter ainsi que des chaises avec un cheval au milieu.

ll est nécessaire de bien équilibrer les deux charges car autrement l’une des dames tombera. La montagne est très belle. Panizzi sur son cheval perdit son chapeau, sa canne, et vainement il s’adressait à son guide en toutes les langues qu’il connaissait. Mais celui ci malheureusement n’entendait que le basque. Quand nous fûmes au premier plateau, le cacolet de l’impératrice broncha soudainement et elle et sa compagne Mme Scalani, furent en danger de tomber à terre. Quand nous parvînmes au sommet, il était déjà tard. La vue y était très belle. Après une heure de descente par des sentiers dociles nous arrivâmes à une auberge de contrebandiers.

Là nous fut servi un excellent dîner.

Mais la nuit venait, et nous avions une bonne heure de marche jusqu’à l’endroit où nous attendaient nos voitures. La nuit était obscure mais nos guides portaient des torches. Rien ne peut être comparé à la difficulté de cette descente. Chacun était silencieux, sauf Panizzi, discutant avec son guide en anglais, français et italien, alors qu’il lui eût fallu parler basque pour être compris. je ne sais comment il ne se cassa pas le nez tout ce temps-là. Un neveu de la comtesse de Montijo tomba et se blessa un peu à une de ses mains.

Toutefois, nous parvînmes en assez bon état à nos voitures tandis que les habitants du lieu nous admiraient à la lueur des torches. »
En 1924, on construit un chemin de fer à crémaillère afin de monter plus facilement au sommet.
La vue Google Earth de la ligne :

Le matériel n'a pas changé ! Mais aucune crainte, il est entretenu minutieusement. Voici le récit de l'entretien annuel, trouvé sur le site du Train de la Rhune (propriété du département et concession à Véolia)
« Tout le matériel utilisé aujourd'hui est d'époque.
En mai 1996, le Train de La Rhune accueille deux nouvelles voitures. Nouvelles ? Pas vraiment si l'on considère leur date de fabrication : en 1924 par les Etablissements Soulé de Bagnères de Bigorre. Ces voitures en bois, comme toutes celles du parc ont été entièrement restaurées à l'identique. Deux entreprises locales s'y sont " attelées " : Barland et Telletchea. L'entreprise de mécanique Barland, à Bayonne, est la seule à posséder encore les plans d'origine des voitures. Elle a pris en charge la restauration des organes de roulements et du châssis des voitures, soit plus de 1000 heures de travail d'artisanat spécialisé.
L'entreprise de menuiserie Telletchea d'Ascain, a refait toute la superstructure des voitures, et ne fait pas dans la demi-mesure puisqu'elle utilise les mêmes essences d'arbres qu'en 1924 :

La toiture en sapin des Pyrénées,
Le plancher en pin des Landes,
Le lambris en châtaigner de l'Ariège,
La plate-forme en iroco, bois exotique imputrescible d'Afrique.

Le tout représentant également 1000 heures de travail d'artisanat. Les voitures ainsi livrées ont été testées pendant plusieurs semaines, puis soumises à des essais de frein draconiens pour être déclarées bonnes pour le service.
En ce qui concerne l'entretien courant, tous les ans, après la saison touristique le Petit Train prend ses quartiers d'hiver (novembre à fin février) aux Etablissements Barland pour y être désossé, vérifié, contrôlé, les moteurs rembobinés... tout est passé à la loupe. Les organes de roulement et de sécurité sont vérifiés aux ultrasons et à la magnétoscopie suivant des normes bien précises d'entretien et de contrôle par l'APAVE sous l'égide du Bureau Interdépartementale des Remontées Mécaniques qui est le seul habilité à nous donner l'autorisation d'exploiter.
Toutes ces précautions sont indispensables quand on sait qu'aujourd'hui, le Petit Train de la Rhune transporte plus de 350 000 visiteurs par an.
Après cette révision technique très poussée, il retourne dans son dépôt au Col de Saint-Ignace pour se faire tout beau pour la nouvelle saison. Et là aussi, tout y passe, les sièges, les plates-formes, les lambris intérieurs et extérieurs, sont vernis, les rideaux sont lessivés, les poignées en cuivre astiquées ... Il est enfin prêt pour la Saint Joseph : le 19 mars, date d'ouverture de la nouvelle saison.
La petite gare typiquement basque du Col de Saint-Ignace est elle aussi repeinte tous les ans pour accueillir nos clients le plus agréablement possible. »
Bon, vous voyez que c'est du sérieux, vous ne courez aucun risque... quoique... un ami est redescendu à pied car une voiture avait déraillé...
Quelques vieilles CPA

Deux vues de la brêche
Le croisement de deux rames : remarquer que pour un train à crémaillère, la motrice est toujours en aval, pour une raison évidente de sécurité; à la montée un agent est devant la première voiture, il a à sa disposition un frein et un signal acoustique pour communiquer ses ordres au mécanicien.
La gare de départ (remarquer la pancarte des douanes) tous les employés portent le béret... basque
Nous étions passés souvent au col de St Ignace (gare de départ), pendant la saison, et nous avions toujours été découragés par les queues interminables des candidats au voyage. En 2001, première année de notre retraite commune, nous décidons d'y aller en septembre, pensant qu'il y aurait moins de monde.
Voilà tout ce que j'ai pu prendre comme photo, il y avait une dizaine de bus ! (comme Yvon, je prenais des photos numériques avec un caméscope, qualité minimum.)
Nous sommes donc descendus à Biarritz : il faisait un temps splendide, il y avait du monde sur la plage du Casino...
Un Belouga est passé dans le ciel, il était 15h , heure française, 9h à New York... Plus rien ne serait pareil, nous étions le 11 septembre 2001....
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4 ans plus tard, le 25 octobre 2005, il fait aussi beau et là, il y a un peu moins de monde, simplement 30 min d'attente.
Le tracé de la ligne :
La gare de départ
Dès le départ, ça monte sérieusement, d'où la crémaillère continue
La sous-station qui fournit le courant triphasé
Voilà la rame qui descend, le temps que les voyageurs débarquent et nous sommes répartis dans les deux voitures.
Au bout de quelques centaines de mètres de montée, la vue se dégage et nous apercevons la côte et l'océan.
Les pottoks broutent, libres comme l'air... Ces poneys étaient utilisés par les contrebandiers, car ils étaient capables de revenir seuls dans la montagne.
La fameuse brèche...
Et oui, nous allons passer là
Quelle pente !
La rame descendante que nous allons croiser
Le sommet est en vue, surmonté d'une tour de TDF (Télédiffusion de France)
Au sommet, la vue est époustouflante : nous avons de la chance, le temps est clair ce qui n'est pas toujours le cas : les entrées maritimes sont fréquentes.
Les Pyrénées Espagnoles (et un coin de la Ventas, inévitable magasin Espagnol)
Les Pyrénées françaises
Le village le plus proche Ascain.
Biarritz
On distingue bien l'avant-port de Bayonne et l'Adour.
Une ville industrielle du Pays Basque espagnol Bera-Vera
L'embouchure de la Bidassoa : Hendaye et de l'autre côté de la frontière Irun.
La côte basque française
Du côté espagnol, une route permet d'accéder au sommet, pas du côté français.
Le port de St Jean de Luz (on distingue la maison de l'Infante)
Une CPA de la maison de l'Infante
La côte landaise
L'antenne de TDF
La motrice de la rame qui va nous descendre
La voie
Deux rames montantes
Croisement
Un pottok en ombre chinoise
Rochers
Nous voilà en bas
Plaque commémorative : le petit train à crémaillère de la Rhune a fêté ses 75 ans le samedi 26 juin 1999 en présence de ... blabla, blablabla...
Ventilation des moteurs !
Nous terminons la journée par la tournée des ventas de Dancharria (Dantxarinea) : les Français s'y précipitent pour faire le plein d'essence et de tabac..
Pour terminer, quelques CPA de la Rhune
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