Laventie (62) en 1958 par JFL

........................................................Avant-propos


J'ai vécu à Laventie de 1955 à 1961, et je n'y ai pas remis les pieds.

Cette situation est intéressante du fait que mes souvenirs sont nets puisqu'ils datent tous d'au moins 50 ans !
Toutes les photos récentes sont dues à la gentillesse d'Yvon Gentilhomme, qu'il en soit remercié ici.
En 1958, Laventie, chef-lieu de canton, tout au nord du département du Pas de Calais, compte environ 1 200 habitants.

Sa principale activité industrielle réside en des ateliers de fabrication de chaussures ou galoches et des entreprises d'expédition de pommes de terre.
Les cartes postales antérieures à 1914 ne peuvent pas nous aider à comparer avec l'époque actuelle, étant donné que , comme beaucoup de villages de Flandres, Laventie fut quasiment détruite pendant la première guerre : la mairie, l'église furent reconstruite en style néo-flamand.

La place de l'église dans les années 70
Le commerce traditionnel était florissant : épiceries, boucheries, boulangeries, cafetiers, coiffeurs, mais aussi des artisans aujourd'hui disparus, bourreliers, maréchal-ferrant...
Les écoles étaient au nombre de quatre : deux écoles laïques (filles et garçons) et deux écoles catholiques (filles et garçons); pas de collège, il fallait aller à Béthune ou Armentières pour le lycée; il y avait un cours complémentaire à Merville (nom donné à cette époque aux collèges).
L'école publique de filles était à cet endroit marqué d'une flèche
Même chose pour l'école publique de garçons
Les transports publics n'étaient pas très développés : la gare perdit en cette année 1958 son train aller-retour de voyageurs ; les Transports Citroën avaient une ligne avec un aller-retour Lille Grand-Fort Philippe ; une compagnie de La Gorgue exploitait une ligne vers Lille ; enfin un garagiste de la rue de la gare à Laventie,
Beaudelet, avait une ligne Armentières-Béthune assurée par des autobus Isobloc. Les déplacements se faisaient surtout à bicyclettes : il fallait serrer très souvent les gardes-boue et porte-bagages car de nombreuses rues étaient encore pavées.
La rue principale de Laventie était dans cet état dans les années 50
Mon père était chef de gare ; il a été nommé en avril 1955 à Laventie.
La gare de Laventie comme elle pouvait être à cette époque.

J'ai terminé mon CM2 à l'école laïque de garçons de Laventie, avant de passer le concours des bourses pour continuer en sixième au lycée A Ribot de Saint-Omer. Traditionnellement (!!!) le chef de gare était délégué cantonal pour l'école laïque (le titre actuel est Délégué départemental de l'Education Nationale); c'était une
fonction plutôt honorifique, mais en 1959, avec le vote des lois Debré sur l'école libre, cette fonction prit une importance dans la lutte pour la survie de l'école publique.

Il y a cinquante ans, il y avait deux mondes qui ne se mélangeaient pas : dans la rue de la gare, la quasi-totalité des enfants allaient à l 'école privée, je ne les connaissais pas et je ne jouais pas avec eux sauf avec ceux de nos plus proches voisins qui avaient l'esprit plus ouvert.

Même certains commerces étaient plus volontiers fréquentés par un bord plutôt qu'un autre; je me souviens que ma mère m'envoyait chercher un produit spécifique que l'on ne trouvait que dans une épicerie sise au coin de la place, fréquentée par « l'école privée » : nous n'étions pas reçus très aimablement... Certains commerçants étaient neutres car ils étaient les seuls !

La principale rue commerçante de Laventie photographiée fin des années 50 (?) Arrêtons-nous sur cette photo :

Il règne une certaine animation dans la rue qui est photographiée vers le Nord depuis la place de l'église.

Le couple qui pose devant le café tabac restaurant est sûrement le couple qui tient cet établissement : ils sont les éditeurs(1) de cette carte postale.

Cette famille a déjà édité d'autres cartes postales (voir ci-dessous) Beaucoup
de magasins sont installées dans des maisons sans devanture spécifique, mais on les devine par les enseignes...
La 403 et la 203 sont devant le garage Peugeot. L'homme qui marche sur la chaussée doit mener un cheval.

Le café a une enseigne Motte Cordonnier qui était un brasseur d'Armentières qui servait tous les établissements.

Autre photo éditée par le même café : on reconnaît la façade même si la pompe à essence est plus ancienne, mais un personnage pose devant.

Une vue récente prise ans le même sens : je suis presque certain que le porche blanc à gauche est celui de la ferme où j'allais chercher le lait.

Le grand bâtiment à droite est celui de la maison de retraite qui n'a pas
beaucoup changé en 50 ans

Voyons pour commencer les commerçants et artisans : ils étaient principalement regroupés rue des Clinques (rue du 11 Novembre actuellement). Mais, dans ma rue, il y avait un boulanger pâtissier, une marchande de fruits et légumes s'installa un peu plus loin au rez de chaussée d'une maison (le magasin était sommairement
installé dans la pièce du rez de chaussée); en face officiait le chirurgien-dentiste.
La rue de la gare actuellement.

Le restaurant Le Cerisier, premier immeuble visible à gauche.

Rue des Clinques, juste en face de la rue de la gare, deux vieilles demoiselles tenaient une épicerie où nous achetions le fromage; Voilà l'immeuble actuellement juste derrière le tracteur.

En face la belle maison des soeurs Oblates qui étaient infirmières.

En se dirigeant vers la place de la mairie et de l'Église, le café du Cheval Blanc,

puis un peu plus loin la ferme (Fleury) qui vendait le lait au particulier dans leur salle à manger : je me souviens que j'admirais la célèbre pendule escargot de l'ORTF (pendule d'Houriez ) sur le téléviseur tout neuf, car vers 18h il n'y avait aucun programme sur la chaîne unique de télévision.

En face, une belle demeure où habitait le notaire (je parle de son chien ici) puis la très belle façade de la maison de retraite.

Un peu plus loin à droite un garage Peugeot puis un café-coiffeur : c'est là que nous allions nous faire rafraîchir la chevelure, le coiffeur s'interrompant souvent pour servir un client ou trinquer avec un autre; le coiffeur désinfectait ses outils grâce
aux ultraviolets, ce qui était d'un modernisme fou à cette époque !!!!...

Puis un réparateur de vélos, très utile car les rues pavées les mettaient à rude épreuve.

Face à l'église et à la mairie, le café tabac, une boulangerie et une boucherie (le propriétaire était aussi maquignon, il venait à la gare chercher ses bêtes dans les wagons).

La place de la mairie vue du ciel, lendemain de ducasse...
Autre vue ancienne
Des vues récentes : le porche de l'église et la place transformée en parking.
Autre vue de la place et des commerces actuels.
Au coin de la rue du paradis, une autre épicerie; en face un café, une boucherie tenue par M. Tison (où nous étions clients) une épicerie (Docks du Nord) : à cette époque les yaourts étaient vendus dans des pots en verre consignés, les petits suisses vendus à l'unité dans des boites en carton sulfurisé, l'huile dans des bouteilles en verre que l'on faisait remplir au tonneau...
On voit à gauche la boucherie puis les Docks du Nord...
En face un médecin consultait mais se déplaçait encore très souvent au domicile des malades.
Dans la rue de la Gendarmerie , un marchand de journaux, sa fille vendait , lui faisait la tournée le matin et venait à la gare chercher les paquets qui arrivaient au train du soir. Un peu plus loin, l'école St Joseph, puis la gendarmerie et en face l'école laïque de garçons que j'ai fréquentée quelques mois.

La rue de la Gendarmerie, vue vers l'église

(remarquer toujours le même éditeur et le même photographe)

Des photos actuelles du secteur (comparer avec la photo 17)

Sur la place , en face de la mairie, un bourrelier dans une vieille échoppe.

Les attelages étaient encore très majoritaires dans les fermes : le fermier qui vendait du lait, élevait quatre chevaux pour le travail ! Il n'était pas
rare de voir dans la rue les petits tombereaux flamands à trois roues caoutchoutées. Ce n'est que vers les années 60 que nous verrons apparaître les premiers tracteurs.
Les transports routiers sont à leurs débuts : le samedi soir passe au printemps un camion bâché (un Saviem) : il s'arrête au café de la gare, devant le portail et charge les panières pleines de pigeons voyageurs, le café de la gare étant le siège social des colombophiles.

Le café de la gare, photo actuelle, mais il n'a pas changé, sauf le brasseur... A droite il y avait un hangar de la coopérative agricole qui faisait beaucoup d'ombre à un bout de jardin que cultivait mon père.

Les établissements Bellèvre avaient un camion Citroên P45 et des petits camions anglais (des Bedford ?) au volant à droite et au radiateur à la forme particulière garés dans la cour de la halle. D'autres expéditeurs de pommes de terre comme Tison avaient un magnifique Unic Izoard.

Un autre possédait un Saurer qui avait des problèmes pour démarrer : j'ai vu un jour le chauffeur qui avait glissé un chiffon enflammé dans le filtre à air...
(?) préchauffage rustique !!! Tous les jours un tracteur Far à trois roues venait chercher les colis à la halle de
marchandises : il paraît que ces camions étaient très en vogue dans le Nord car les cours des brasseries très étroites nécessitaient des camions qui manoeuvraient dans un mouchoir de poche.
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Non loin de la gare, un fabricant de galoches était tenu par deux beaux-frères (j'ai oublié le nom) ; ils ont vendu leur hangar à un atelier d'abattage de poulets : le modernisme arrivait, avec la chaîne d'abattage, les poulets étaient égorgés dans des espèces d'entonnoirs, puis ils étaient plongés dans un bain d'eau bouillante, une
machine tenue par une ouvrière les plumait, puis d'autres faisaient les finitions et enfin ils étaient vidées... ce n'était pas encore tout à fait les normes européennes...

...Un avant-après
Pour terminer des photos actuelles : la gare vue du passage à niveau.
Le passage à niveau.

La rue de la gare :

la maison Bellèvre, le garage Beaudelet qui a été transformé en appartements...

Si vous voulez en savoir plus sur la gare, lire ici


(1) L'éditeur de carte postale est démarché par un photographe ou plus tard par une société spécialisée qui lui propose de prendre en photo son établissement avec comme cadre la rue... en échange cet éditeur participe
aux frais et aux bénéfices de l'opération... Il existe encore des sociétés qui le proposent :
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